---



28 novembre 2014

Académie nationale de médecine : À propos du projet de loi relatif à la santé - Articles 8 et 9 sur la réduction des risques des drogues et la création de centres d’accueil et d’accompagnement

par Michel HUGUIER, Membre de l'Académie de Médecine.

Les addictions aux substances psycho-actives créent un état de maladie qu’il convient de traiter et non d’entretenir. L’Académie, après plusieurs réunions et auditions d’experts et après analyse des expériences à l’étranger s’est clairement prononcée contre la création de centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques [11]. Ceci pour trois raisons principales :

1°) Il existe déjà en France, des structures de prévention, d’accompagnement et de soins aux toxicomanes qui ont fait preuve de leur efficacité dans la réduction des risques comme l’indique l’exposé des motifs du projet de loi : par exemple, la proportion d’usagers de la drogue contaminés par le VIH est passé de 30% dans les années 1990 à 1% actuellement.

2°) Les expériences étrangères ont aussi apporté la preuve d’effets délétères de tels « centres d’accueil » [12][5]. En Allemagne, leur ouverture a été suivie d’une augmentation de 15% du nombre de toxicomanes.

3°) La méconnaissance de la nature des substances injectées ne permet guère de proposer des actions de substitutions, voire de sevrage. L’injection possible de nouvelles substances de toxicité redoutable, comme le cannabis synthétique posera des problèmes de responsabilité des pouvoirs publics et des professionnels en cas de complications médicales, voire d’actes délictueux commis sous l’emprise de la drogue.        

Ces centres impliqueront des dépenses immobilières et d’équipement ainsi que les rémunérations des équipes pluridisciplinaires qui sont prévues [12]. Une estimation a montré que le coût de fonctionnement d’une salle d’accueil serait de 1,25 million € par an et qu’il conviendrait d’en créer 200 pour couvrir de façon homogène le territoire, ce qui représenterait un coût annuel de 250 millions € [13]. 


REFERENCES
[5] En Australie, l’association « Drug free » a montré que le risque d’overdose était 36 fois plus élevé chez les toxicomanes fréquentant les salles d’injection que chez les autres, la présence d’une équipe médicale incitant le toxicomane à recourir à de plus fortes doses.
[11] Allilaire JF, Costentin J, Goullé JP, Hamon M, Laqueille, Lejoyeux M et al. Salles de consommation contrôlée de drogues (salles d’injection) Bull Acad Natle Med 2013 ;197 :503-5.
[12] Costentin J. La situation actuelle du cannabis en France. Bull Acad Natle Med 2014, sous presse.
[13] Costentin J. Et l’on reparle des salles de shoot. La lettre du CNPERT. 2014 ; septembre : 1-3.

Source

Direct link to this page
SAUVE LA VIE DES USAGERS DE DROGUES