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sudouest.fr, 10 mai 2011

Des élus planchent sur les « salles de shoot »

Quinze députés et sénateurs élaborent un rapport de mission sur la toxicomanie en France. Ils sont venus à Bordeaux. Pour un état des lieux.

Traitements de substitution, salles de consommation supervisée, les besoins, les manques, l'état des lieux. La réunion s'est tenu jeudi dernier au sein de l'association La Case (Centre d'accueil de santé et d'échange) à Bordeaux, en présence de Véronique Lacour, sa directrice, avec, comme invité de marque, le docteur Jean-Pierre Daulouède, psychiatre et fondateur du premier centre de méthadone à Bayonne. Ce dernier a aussi participé à l'ouverture de la salle de consommation de Bilbao au Pays basque espagnol avec Médecins du monde.

Autour de la table, Michèle Delaunay, député socialiste de Gironde, François Pillet, sénateur, et Serge Plisko, député, tous deux coprésidents de la mission toxicomanie. Depuis quatre mois, avec une dizaine de députés et sénateurs, tous partis confondus, ils travaillent à l'élaboration d'un rapport d'information sur la consommation des drogues illicites en France et les moyens mis en place pour aider les toxicomanes.

Maladie chronique

Ce rapport sera achevé fin juin : il aura valeur d'état des lieux et permettra de mettre en place des moyens, de permettre ou pas, l'ouverture de salles de consommation supervisée (souvent dites «salles de shoot»), comme le souhaitent les acteurs de la lutte contre les toxicomanies.

Le psychiatre Marc Auriacombe, spécialisé dans les addictions, a commencé par expliquer sur le plan médical, la réalité de ses patients. « L'addiction est une maladie chronique comme le diabète ou l'hypertension. Son expression est intermittente, la personne dépendante passant son temps à chercher à arrêter, y arrive parfois. On doit donc se préoccuper à faire durer les traitements, plutôt que chercher à les raccourcir. »

Puis, Jean-Pierre Daulouède a évoqué l'installation de la salle d'injections supervisées de Bilbao et ses premières évaluations. « Au centre-ville, il existait une scène ouverte aux toxicos, a-t-il dit. Ils dealaient, consommaient en toute exposition, se mettant en danger. Les politiques, les collectivités, associations sont allés à Genève afin de découvrir la salle de consommation. Avec Médecins du monde, l'ouverture d'une telle salle s'est imposée, ne serait-ce que pour la réduction des risques liés à l'usage des drogues. Il s'agit d'un outil de santé publique indispensable. Les évaluations montrent à ce jour que concrètement les risques ont été réduits, avec diminution notable des overdoses, diminution des transmissions de maladies infectieuses. Les riverains s'en portent beaucoup mieux. Il s'agit du chaînon manquant pour une meilleure accessibilité au soin. »

Débats et polémiques

Véronique Latour a enfoncé le clou, rappelé le retard de la France dans le dispositif de lutte contre les toxicomanies. « Il faudra être cohérent jusqu'au bout. Il nous manque cet outil. Il s'agit juste d'un prolongement du dispositif thérapeutique qui existe aujourd'hui. »

La réunion a duré deux heures, durant lesquelles députés, sénateurs et professionnels ont échangé en toute liberté sur ces dossiers qui suscitent pas mal de débats et polémiques au sein même du gouvernement. « Nous allons chercher des infos partout », a noté François Pillet. « Notre religion n'est pas faite. » Une affirmation qu'ont l'air de contester certains participants à cette réunion de travail.

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