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medscape.fr, 15 février 2013

Drogue IV : dans la rue ou dans les salles de shoot ?

L'Académie nationale de médecine et le Conseil national de l'ordre des médecins ont exprimé de vives oppositions à l'ouverture de salles de consommation de drogues en France. Le Dr Didier Alibert, praticien hospitalier à l'Unité de traitement ambulatoire des maladies addictives (UTAMA) de l'hôpital Beaujon, donne son point de vue.

Medscape.fr : L'ouverture de salles de consommation de drogues va-t-elle dans le sens d'une réduction des risques chez les toxicomanes ?

Dr Didier Alibert : Nous sommes totalement dans une démarche de réduction des risques, telle que la pratiquent d'autres pays européens, comme la Suisse, l'Espagne… J'ai personnellement visité les premières salles mises en place à Rotterdam. Au final, dans ces salles, il est intéressant de noter que la notion de shoot disparait. A tel point que l'on cherche les consommateurs, l'injection de drogues finit par ne plus être visible… Mais ce sont des programmes d'une dizaine d'années… Qui plus est, ce sont des pays culturellement différents de la France. Deuxième élément : l'accompagnement des soins. Cette évolution va dans le sens des progrès faits ces dernières décennies : l'apparition de la méthadone, du subutex ont permis un accompagnement sanitaire.

Medscape.fr : L'Académie nationale de médecine et le Conseil national de l'ordre des médecins ont émis des oppositions à l'ouverture de ces salles, arguant, entre autres, qu'elles entretiennent la toxicomanie, plutôt que de la soigner, qu'en pensez-vous ?

Dr Didier Alibert : Sait-on vraiment ce dont on parle ? Dans la représentation symbolique de nombre de médecins, nous assistons les toxicomanes à se droguer, c'est comme si le médecin poussait la seringue ! Alors qu'il est plus intéressant de penser qu'un patient qui arrive avec des abcès sur la peau, ou une staphylococcie sera pris en charge pas nos équipes pour lui apprendre des gestes élémentaires, comme se laver les mains, se désinfecter… Nos patients, pour le moment, vont s'injecter de la drogue dans les toilettes, c'est ça la réalité.

Medscape.fr : L'Académie nationale de médecine préfère, plutôt que l'ouverture de salles de consommation, une meilleure prévention. Qu'en pensez-vous ?

Dr Didier Alibert : La prévention, aujourd'hui, c'est quoi ? Nous sommes aujourd'hui dans la répression : interdiction de fumer du cannabis, par exemple. Alors que l'alcool est autorisé, même s'il détruit le cerveau. Donc, nous avons des représentations, des préjugés. Alors, la prévention c'est quoi ? Arracher les pieds de vigne pour stopper l'alcoolisme ? De toute manière les jeunes expérimenteront les produits : recherche de la nouveauté, intégration au groupe…. Aujourd'hui il n'y a jamais eu autant de fumeurs de cannabis en France. Donc les méthodes de prévention ne fonctionnent pas. L'ouverture des salles de consommation permet de faire de la prévention des risques.

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