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L’Humanité, 13 mai 2011

En finir avec les overdoses ?
Les salles de consommation supervisée sauvent des vies

La semaine dernière, le journal scientifique «The Lancet » a publié une étude sur la salle d'injection supervisée  de Vancouver qui démontre que son installation y a réduit de manière drastique les overdoses mortelles. Une étude supplémentaire qui précise l'intérêt des salles de consommation, ces structures soutenues par l'Etat et les collectivités locales, dans lesquelles les usagers peuvent consommer des drogues illicites acquises à l'extérieur, sous la supervision des professionnels de santé, dans des conditions dignes et propres. L'expertise collective de l'Inserm sur la réduction des risques avait montré qu'elles permettent l’accès au soin pour un public en grande précarité, une réduction des  pratiques à risques de contamination VIH/Hépatites C, et qu'elles constituent un outil de médiation et de pacification entre usagers de drogues et habitants, sans augmentation de la consommation de drogues  ni du deal dans la communauté.
 
« Un outil de médiation et de pacification entres usagers de drogues et habitants. »
 
Mais cette nouvelle étude est d'autant plus importante qu'elle établit que les salles de consommation sauvent des vies. Les opposants aux salles ont vite réagit en arguant que la France avait un des taux d'overdoses les plus bas d'Europe. C'est mal connaître la réalité des overdoses en France : après une baisse dans les années 90, elles ont augmenté de plus de 30% en 7 ans. De plus, une étude d’E. Jiansen en 2009 montre qu'elles sont sous-évaluées d'au moins 30%, voire beaucoup plus, et que l’absence d’une définition commune entre les pays européens rend toute comparaison impossible...
 
Le Réseau Français de Réduction des risques auquel nous appartenons continue d'appeler à une adaptation des réponses et à la possibilité d'expérimenter ces outils nouveaux. Car au nom de quelle morale peut-on refuser de mettre en place un outil qui sauve des vies, et qui n'a aucun effet pervers connus ? Comment expliquer les paroles du Premier Ministre François Fillon à propos de ces salles : « ni utiles, ni souhaitables » ? Comment expliquer que l'expertise collective de l'Inserm, qui les soutenait, et proposait aussi d’autres mesures innovantes, programmes d'échange de seringues en prison, programmes d'héroïne médicalisé, soit mise au placard ?
 
C'est cette éternelle confusion entre la réduction des risques liés à l'usage de drogue - et tout ce qui peut être fait pour améliorer la vie des usagers-, et une banalisation de l'usage de drogue.
C'est  un aveuglement idéologique déconnecté de la réalité, une volonté de poursuivre une politique répressive démagogique mais inefficace, quel qu'en soit le prix pour les populations des quartiers concernés et pour les usagers, quelque soit les études scientifiques démontrant le bien-fondé de ces outils innovants, quelque soit les appels internationaux comme la déclaration de Vienne appelant à un changement de politique fondé sur la science.
C'est le même aveuglement et la même confusion qui, dans les années 90, ont été la cause du retard français dans la mise en place des programmes de substitution (méthadone et buprénorphine), responsable de tant de morts (notamment par overdoses) et de contaminations par le VIH.
A l'époque déjà, les opposants à ces programmes affirmaient que nous avions la meilleure politique d'Europe. Ils se préoccupaient de la défendre, et non de résoudre les problèmes des populations concernées.
 
 
Signataires :
Pierre Chappard – Coordinateur du Réseau Français de Réduction des Risques et Co-président d'Act up- Paris ; Jean-Pierre Couteron – Président de la Fédération Addiction ; Bruno Spire, Président d'Aides ; Jean-Louis Bara, Président de Safe ; Anne Coppel, Prix International Rolleston Award de la Conférence International  de Réduction des risques 1995.
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