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par Bernard BERTRAND

Gassenzimmer à Bâle (Suisse)

L'histoire des Gassenzimmer de Bâle commence en 1985 par quelques initiatives privées d'assistants sociaux et de groupes tels que "Squatters" et "ecological and similar movement freaks" qui distribuaient dans la rue, des seringues. Pendant l'été 1987, le groupe "Drogen of AIDS-help" et l'association de travail de rue "Schwarzer Peter" distribuaient chaque jour, des seringues directement sur la scène. Malgré le soutien du gouvernement, le programme a été abandonné en septembre 1987, en raison de la pression de l'opinion publique.

En juin 1988, pour répondre à l'épidémie de Sida chez les usagers de drogues par voie intraveineuse, ces mêmes groupes ont créés, dans un appartement privé, un “Sprützehüsli” où du matériel d'injection et des préservatifs étaient distribués (la consommation de stupéfiants était néanmoins interdite). Puis en mai 1989, après la fermeture du ²Sprützehüsli², l'association VIRUS ouvrit sans autorisation, un "Fixerstübli" où la consommation de stupéfiants était admise. Par la suite, le "Fixerstübli" a bénéficié d'une aide de l'Etat. En juin 1991, la première Gassenzimmer au Spitalstrasse a été ouverte. Puis en 1992, après la fermeture du "Fixerstübli", une deuxième puis une troisième Gassenzimmer ont également ouvertes au Kunstmuseum et Heuwaage. En 1993, la Gassenzimmer du Kunstmuseum fut déplacée à Erlenstrasse puis en 1995 à Riehenring. Les Gassenzimmer I et II sont financées par le Canton de Bâle-Ville et la Gassenzimmer K&A par le Canton Bâle-Campagne.

La ville de Bâle se situe à une trentaine de kilomètres de Mulhouse, sur le canton de Bâle-Ville. Celui-ci est également frontalier avec les villes de Saint-Louis en France et de Lörrach en Allemagne. La couverture de la ville est plus ou moins celle du canton et celui-ci compte au dernier recensement, 188'500 habitants.1 Le nombre de toxicomanes dépendants aux opiacés est estimé entre 1'600 et 2'000(2), soit entre 8,5 et 10,6 pour 1'000 habitants.

La politique de santé publique dite « des quatre piliers » (prévention, thérapie et réintégration, réduction des risques et aide à la survie, répression et contrôle) a profondément transformé la scène de la drogue en Suisse. C'est cette transformation visible qui a convaincu les citoyens suisses de l'utilité de ces nouvelles approches (salle d'injection et héroïne médicalisée) en la soutenant (71 %) lors du rejet en 1997, par le Parlement, de l'initiative "Jeunesse sans drogue", qui réclamait le retour à une politique fondée sur la seule abstinence.

Gassenzimmer Spitalstrasse

La Gassenzimmer Spitalstrasse est située dans une maison en face de l'hôpital cantonal (Spitalstrasse), dans le quartier de St Johann. Elle se trouve au bord d'une route à grand trafic et aux alentours d'habitations, de petits commerces et de deux écoles, dont une maternelle. A quelques minutes à pied, se trouvent les gares ferroviaires de Bâle et de Bâle-St Johann où, une quarantaine de fois par jour, des trains arrivent en provenance de Mulhouse.

La Gassenzimmer Spitalstrasse fonctionne depuis le 17 juin 1991. Elle est ouverte toute l'année les vendredis, samedis et dimanches de 13h à 19h, en alternance avec la Gassenzimmer II (lundis, mardis, mercredis et jeudis de 13h à 19h). Seule la Gassenzimmer K&A est ouverte tous les jours de 16h à 22h. La structure reste fermée si l'équipe n'est pas composée à minima de trois membres. En plus de la présence d'un médecin une fois par semaine, l'équipe d'intervenants, travaillant dans le domaine social ou infirmier, est formée à la réanimation en cas de surdosage et aux premiers soins (soins de plaies par exemple). Elle reçoit régulièrement des formations sur le champ de la toxicomanie. Une présence d'autres professionnels est proposée pour les demandes spécifiques telle que la substitution, les cures, le travail, le logement, etc. (Aids-Pfarramt, Badal, Drehscheibe Lörrach, FrauenOase, Obere Au, PUK, Smaragd).


Le matériel d'injection et les préservatifs sont mis à disposition en "libre service" dans la pièce centrale, sans aucune exigence, mais l'équipe essaye de récupérer le maximum de seringues usagées.

La pièce centrale est une cafétéria animée par un fond musical, où les usagers restent la plupart de leur temps. Des petits repas chauds (potage) accompagnés de casse-croûtes (pain, fromage, saumures, fruits, etc.) et de boissons non alcoolisées sont proposés. Certains aliments sont vendus à un petit prix qui permet à un usager de travailler derrière le comptoir pendant une semaine. Des jeux de société sont également mis à disposition pour le divertissement.

Pour permettre le bon fonctionnement de la structure, certaines règles doivent être respectées. Tout d'abord aucun commerce (deal) de produits et aucune agression ne sont tolérés à l'intérieur de la structure et aux alentours immédiats. Il est également interdit de fumer (ou de chasser le dragon) des substances illégales partout dans la structure et de s'injecter des produits en dehors du local d'injection. Il est interdit de préparer son matériel en dehors du local d'injection, d'apporter de l'extérieur des boissons alcoolisées ou non et de la nourriture. Les usagers qui ignorent ces règles sont sanctionnés, voire interdits de revenir dans la structure. Les personnes non usagères sont interdites dans la structure.

La salle d'injection à moindre risque est installée au fond de la cafétéria. Deux fenêtres éclairent cette pièce. Une porte menant sur l'extérieur sert d'entrée aux intervenants. Six petites tables en inox sont fixées au mur sur lequel est accroché un miroir. Deux chaises par table font face au mur.

Un membre de l'équipe surveille les injections et invite les usagers à se laver les mains dans le lavabo situé à l'entrée de la pièce. Les usagers doivent eux-mêmes préparer et exécuter leur injection sans l'aide du membre de l'équipe présent. Cependant il arrive que d'autres usagers aident au moment de l'acte. Chaque place doit être nettoyée par l'utilisateur. Il n'y a pas de limite de temps, les usagers peuvent rester autant de temps qu'ils le désirent. La porte de la salle d'injection est fermée quand toutes les places sont occupées. Les usagers doivent patienter derrière la porte menant à la salle, dans la cafétéria et attendre leur tour.


Une évaluation menée par l'Institut universitaire de médecine sociale et préventive de Bâle entre 1993 et 1994 montre que 5 % des utilisateurs des Gassenzimmer sont français.3


1 Office Fédéral de la Statistique, Suisse (OFS), 1999.
2 Geense R., 1997, To have or to have not: that's the question. A qualitative study on four low threshold needle exchange services for drug users in Switzerland. IUMSP Lausanne, p. 41.
3 Ronco C. et al., 1994 (Dezember), Evaluation der Gassenzimmer I, II und III in Basel, IUMSP Basel, p. 40.

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