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lavoixdunord.fr, 26 février 2013

Injection assistée : une réflexion engagée sous le Beffroi lillois depuis 30 mois

Septembre 2010 : la question de l'ouverture d'une « salle de shoot » à Lille est posée. Des associations disent « oui, on peut faire », la ville demande le temps de la réflexion. Septembre 2012 : la réflexion est toujours en cours. Février 2013 : alors qu'une expérimentation est en marche à Paris, on dit à Lille qu'on attend de voir.

« L'alcool tue et si lors d'un contrôle de police votre taux d'alcoolémie est supérieur à 0,5 g vous êtes passible d'une amende et même d'une suppression de votre permis de conduire. La cigarette tue et si vous fumez dans l'espace public vous êtes passible d'une amende. Ne mangez ni trop salé, ni trop gras, ni trop sucré, mention légale sur chaque pub concernant l'alimentaire... La drogue tue mais, là, vous avez la bénédiction du gouvernement. Matignon vient de donner son feu vert (comme la couleur du cannabis) pour la première salle de shoot à Paris. » Ces mots sont ceux de Caroline Boisard-Vannier. Déjà, fin août, quand le médecin et député socialiste de Paris, Jean-Marie Le Guen, avait demandé au gouvernement d'autoriser la création d'une salle de consommation à moindre risque dans la capitale, l'Hellemmoise était sortie de ses gonds. Maintenant que l'expérimentation est inscrite dans le calendrier parisien, elle ne cache pas une inquiétude teintée d'agacement : « Vous arrivez avec la substance illicite achetée à un dealer et dans ce lieu vous pourrez la consommer, la fumer, l'inhaler, vous l'injecter et tout ça avec la permission de l'État. Salle de shoot ou comment être au-dessus de la loi. Bienvenue à gauche. » Et l'élue UMP de la commune associée de forcer le trait pour donner comme enseigne à pareil endroit : « Ici, la France se perd. Ici, la France se meurt. » « Lille ne fait pas partie des villes ciblées où il y a une forme d'urgence à ouvrir des salles de shoot », g lisse Walid Hanna. Ce n'est pas le médecin qui s'exprime mais l'adjoint délégué à la communication municipale. « Nous attendons de savoir ce que va donner l'expérimentation parisienne. » À Lille, des voix se sont fait entendre pour signaler que si une décision politique favorable était prise, elles étaient en capacité de faire vivre une salle de consommation à moindre risque. L'Espace du possible (qui a fêté ses vingt ans d'existence en fin d'année dernière) a déjà fait savoir qu'il pourrait encadrer ce genre de structure. « Une salle de consommation à moindre risque n'ouvre pas pour inciter les gens à se droguer », disait à l'automne Jean-Marie Brunnin, responsable de l'Espace du possible.


L'appel des associations, la ville de Lille ne l'a pas entendu : « Nous n'avons pas au travers du CUCS (Contrat urbain de cohésion sociale) ou du Plan local de prévention de la délinquance de remontées directes et insistantes des associations», note Walid Hanna. Qu'on les appelle salles de shoot ou de consommation à moindre risque, ou encore centres d'injection supervisés, la position des forces de l'ordre est la même : « On ne peut pas adhérer à ce genre d'idées, note Olivier Bertin, du syndicat Alliance. Je ne comprends pas qu'on puisse consacrer de l'argent à des structures comme celles-là. On devrait l'utiliser pour sortir les drogués de cet enfer, plutôt que d'imaginer des endroits où l'on dépénaliserait la consommation de drogues dures. » ?

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