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AFP, 18 mai 2009

Journée mondiale contres les Hépatites : une salle de consommation à Paris

Pour tenter d'endiguer l'épidémie d'hépatite C chez les usagers de drogues, des associations spécialisées réclament des "mesures concrètes" permettant de les aider à réaliser leurs injections dans de meilleures conditions d'hygiène.
 
La consommation de drogue est le principal mode de contamination de l'hépatite C en France, a rappelé Médecins du Monde dans un rapport publié à l'occasion de la journée mondiale des hépatites le 19 mai. Sur les 5.000 nouvelles contaminations chaque année, 70% sont associées à l'usage de drogues, notamment par injection, alors que l'épidémie ne cesse de s'aggraver avec 221.000 personnes infectées et 2.640 décès associés à l'hépatite C chaque année.
 
Le plan hépatites 2009-2012 présenté en février par le ministère de la Santé a déçu les associations qui l'attendaient depuis deux ans. "On revit le même cauchemar qu'au début du VIH/sida", résume Valère Rogissard, vice-président de l'Association française de réduction des risques liés aux drogues (AFR). "On est face à un problème de santé publique gravissime et les pouvoirs publics font la sourde oreille et refusent, par idéologie et manque de courage politique, d'expérimenter des réponses pragmatiques".
 
Selon les enquêtes spécialisées, près de 60% des usagers de drogues sont infectés par le virus de l'hépatite C (VHC) et environ un tiers l'ignorent.
 
L'hépatite C est une atteinte du foie. Le virus ne se transmet que par le sang mais a un pouvoir de contamination 10 fois plus élevé que le VIH et se montre beaucoup plus résistant.
 
Ainsi une seringue utilisée par une personne infectée reste contaminante trois semaines, contrairement au VIH qui ne résiste pas à l'air libre. Chez les usagers de drogue, le VHC se propage également par le petit matériel d'injection: bidon d'eau, filtre, garrot...
 
"Il y a urgence, des usagers de drogues sont en train de mourir, c'est l'hécatombe", s'indigne Pierre Chappart, d'Asud (association d'usagers de drogue). "Il faut mettre en place des mesures concrètes comme l'accompagnement à l'injection ou les salles de consommation même si elles sont tabous en France".
 
La première mesure consiste à convaincre un usager de sortir de l'isolement pour pratiquer une injection devant deux intervenants - des infirmiers ou éducateurs - capables de lui expliquer les risques et de lui recommander des pratiques plus sûres ou évoquer d'autres modes de consommation voire un sevrage.
 
La seconde vise à fournir à des usagers précaires s'injectant dans la rue ou dans des conditions peu hygiéniques un lieu calme et propre, encadré par du personnel médico-social, et baptisé Structure d'accueil avec possibilité de consommer à moindre risque des drogues psychoactives (SCMR).
 
Dans les deux cas, la drogue n'est en aucun cas fournie et les intervenants n'aident pas à la prise.
 
Interrogé par l'AFP, le ministère de la Santé n'a pas souhaité réagir.
 
Il existe aujourd'hui près de 80 SCMR réparties à travers le monde, dont 31 au Pays-Bas, 20 en Allemagne, 17 en Suisse, trois en Espagne et trois en Afghanistan.
 
Lundi, les associations Act-Up, Anitea, Gaïa, Safe, Fnars, SOS Hépatites, et Asud ont prévu de braver la loi en faisant un "premier pas pour convaincre les pouvoirs publics" en installant à Paris une telle structure.
 
Selon elles, les salles de consommation peuvent aussi réduire "les nuisances associées à l'usage de drogues dans des lieux publics" et, à terme, les dépenses de santé.