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par Bernard BERTRAND, Journal ASUD n°31, Printemps 2006

La maison d'accueil d'ASUD Montpellier



En mai 1994, ASUD Montpellier a ouvert une salle d'injection… de médicaments prescrits par des médecins (Temgésic®, Orténal®, Monscontin®, etc.) et met les autorités française dans l'embarras (l'ouverture officielle a eu lieu le 7 octobre 1994 en présence du Maire de Montpellier et de nombreux médecins et pharmaciens lors d'une réception offerte par Bernard Kouchner). Située dans une petite maison derrière la gare ferroviaire de Montpellier et en face d'une usine à gaz, rue du Pont-des-Lattes, ASUD Montpellier a permis à une vingtaine de personnes de s'injecter à moindre risque.


A l'entrée de la "maison d'accueil", était affiché sur la porte, la liste des pharmaciens de garde. La salle d'injection était une pièce de dix mètres carrés avec une table, des chaises, un lavabo, des plantes vertes et un conteneur pour les seringues usagées. Contre les murs, des affiches de prévention en plusieurs langues, des articles de presse, une affiche de Bob Marley et des étagères où étaient stockés seringues, cuillères, tampons alcoolisés, etc. Un règlement rappelait l'utilisation de la salle : « Casser les aiguilles de seringues après usage et les jeter dans la poubelle prévue à cet effet ; Garder le lieu propre et ne pas y pénétrer à plus de deux ». A l'étage se trouvaient les bureaux d'ASUD Montpellier avec cinq salariés et des bénévoles. Dans la salle d'injection, pas de consommation d'héroïne, ni de cocaïne mais uniquement des traitements prescrits par des médecins.

Le premier décembre 1994, le Préfet de l'Hérault Charles-Noël Hardy déclarait que la salle d'injection « n'était pas illégale » car « si la substitution par injection est répréhensible aux yeux du code de la santé... elle ne l'est pas à ceux de la loi ». Pour le commissaire de police Parat, « l'association ne troubl[ait] pas l'ordre public » et « nous n'av[i]ons pas constaté d'infraction, il n'y a[vait] donc pas de raison d'intervenir ». Malgré le soutien des médecins, des pharmaciens, d'associations telles que AIDES, Médecins du monde, Ensemble contre le sida et de Georges Frêche, le maire de Montpellier qui estimait que « [...] cette salle [devait] continue[r] de fonctionner comme premier sas d'accueil de toxicomanes candidats à la substitution », la Direction Générale de la Santé (DGS) mis fin à la salle d'injection au courant de l'été 1995.1


Un bilan d'auto évaluation chiffre à 594 le nombre de visites à la "maison d'accueil" d'ASUD Montpellier durant les trois derniers mois de 1994. Pendant cette période, ont été dénombrés 364 injections de Temgésic®, 32 d'Orténal® et 57 de Monscontin® dans la salle d'injection propre fréquentée par une vingtaine de personnes par jour.2



1 Sources : Revue de presse ASUD National, 1994-1995.
2 Montaucieux C., 1995 (février-mars), La «shootéria» de Montpellier s'impose sans convaincre, Le Journal du Sida, n°70-71, p. 22.


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