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The Senlis Council, 25 novembre 2004

Le Conseil de SENLIS, appelle à la création d'un site d'injection à Paris

A l'occasion de la tenue de la conférence internationale sur les politiques de drogue qui se tient à Paris les 25 et 26 novembre au Conseil régional d'Île de France, les participants appellent à l'ouverture de salles d'injection contrôlée en France et, de toute urgence, à Paris.
 
La situation est en effet critique dans la capitale où, depuis de nombreuses années, les forces de l'ordre ne parviennent pas à venir à bout des noyaux de trafic et de consommation qui se régénèrent, notamment dans le nord-est de la ville. Malgré les grands progrès apportés par la substitution et les structures de bas seuil (accueil socio-sanitaire inconditionnel des usagers), un niveau insupportable d'usage abusif de drogue subsiste et touche fortement les habitants de ces quartiers. L'apparition du crack notamment a partiellement mis en échec les protocoles de substitution et les pouvoirs publics laissent la situation sans réponse satisfaisante.
 
« Les usagers de drogues très dépendants qui sont accueillis dans nos centres n'y ont pas le droit de consommer des drogues. Le résultat est que les riverains les retrouvent dans leurs cages d'escalier à s'injecter des produits. Cette situation est aberrante et les pouvoirs publics doivent nous autoriser à ouvrir des sites d'injection contrôlés, comme il en existe déjà 60 dans 36 villes européennes » déclare Sylvie Justin, directrice générale de SOS Drogue international, la plus grande structure française de soin aux toxicomanes. « En effet, la tranquillité publique est sérieusement remise en cause du fait de l'interdiction légale d'encadrer sanitairement les pratiques de ces toxicomanes lourds et les Parisiens se plaignent légitimement de les voir errer sans prise en charge cohérente, en quête d'un endroit pour se shooter… »
 
A Vancouver où le maire, Philip Owen a ouvert la première salle d'injection d'Amérique du Nord, en septembre 2003, les résultats en terme de recul de la propagation du SIDA et des hépatites sont spectaculaires. « Au début, les gens étaient plutôt réservés à propos de ce projet mais aujourd'hui, après plus d'un an d'existence, il est considéré comme un succès par la grande majorité de la population. »
 
« Le gouvernement français a raté l'opportunité de réformer le cadre légal de prise en charge des drogues, alors que la MILDT, le Ministère de la Santé, la Mairie de Paris et de nombreux responsables politiques de tous bords, comme Jean-Luc Roméro (UMP) ou Bernard Kouchner (PS) le réclamaient » déclare Emmanuel Reinert, directeur général du Conseil de Senlis. « Le Premier ministre avait la possibilité de valider la proposition d'ouverture d'une salle d'injection pilote à Paris, ce qui aurait permis de rattraper le retard accumulé par la France, il a choisi la politique de l'autruche. Pendant ce temps, le nombre de contaminations par le VIH/SIDA repart à la hausse et la santé de nos concitoyens est menacée. C'est un comble de la part d'un pays qui avait été l'un des premiers du continent à autoriser la vente libre des seringues, sous l'impulsion de Michèle Barzach. »
 
« C'est une question de coordination. Au Canada, mon administration a impliqué l'ensemble des autorités responsables, la police, les travailleurs sociaux, les milieux d'affaires, les riverains et même le gouvernement fédéral qui nous a soutenu quand les Etats-Unis ont émis des critiques sur notre façon de voir et de faire les choses » répond Philippe Owen. « Aujourd'hui tout le monde se félicite du succès de l'opération et j'encourage vivement Paris à poursuivre ses efforts pour obtenir gain de cause, vous aurez besoin de détermination mais le jeu en vaut largement la chandelle. »
 
« Il faut aller encore plus loin. Comme les Suisses et les Britanniques, les autres nations doivent créer des protocoles de prescription d'héroïne pour casser le marché noir et tuer dans l'œuf les épidémies et l'insécurité » déclare Emmanuel Reinert. « Ces programmes sont venus à bout de la criminalité acquisitive et permettent aux usagers les plus dépendants d'entrer plus facilement dans une chaîne thérapeutique cohérente, notamment ceux qui sont passés au crack après avoir été substitués avec un autre produit que l'héroïne médicale » ajoute-t-il.
 
« L'intérêt de la collectivité dans chaque pays est de traiter tous les toxicomanes dans une optique thérapeutique plus que dans une optique de punition » déclare Dr Massimo Barra, Vice-président de la Fédération internationale de la Croix Rouge et du Croissant Rouge. « Pour cette raison, il faut une grande diversité dans l'offre thérapeutique depuis le travail de rue jusqu'au centre de traitement, en passant par les programmes de substitution, sans exclure les salles d'injection et l'expérimentation de la prescription d'héroïne. »
 
« Nous connaissons ces protocoles de prescription d'héroïne, les Suisses les ont effectivement plébiscités pour leurs excellents résultats en terme de santé publique. Il n'y a aucune raison pour que nous ne soyons pas capables de les développer en France, qu'on nous en donne simplement l'autorisation, nous sommes prêts ! » renchérit Sylvie Justin.

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