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tdg.ch, 21 août 2011

Le premier local d’injection de Suisse fête ses 25 ans

Il y a 25 ans, à l’automne 86, le premier local d’injection de Suisse ouvrait ses portes à Berne. Les toxicomanes peuvent, depuis, venir se piquer dans de bonnes conditions d’hygiène. Un modèle qui a fait école, surtout en Suisse alémanique. 

A l’heure actuelle, il existe dans le pays plus d’une douzaine de locaux d’injection, appelés «lieux de contact», situés pour leur grande majorité outre-Sarine. En Suisse romande, on en trouve un à Genève et un dans la ville bilingue de Bienne.

A Berne, la mise sur pied du local d’injection est le résultat d’un acte de désobéissance. Jusque dans les années 70, on ne pouvait voir dans les villes suisses que de petites scènes de la drogue, plutôt discrètes, l’héroïne circulant toutefois en grande quantité.

L’Etat appliquait une politique de répression inflexible, cantonnant les drogués à la marginalité. De nombreux toxicomanes ont ainsi trouvé la mort seuls dans des toilettes publiques.

Afin de lutter contre cette misère sociale, le centre bernois d’assistance aux drogués Contact ouvre en juin 1986 une cafétéria où les marginaux peuvent se rencontrer.

Le 23 juillet 1986, l’équipe du centre décide que «celui qui veut se faire un shoot en parle avec l’assistant social de Contact». Une décision qui libère la voie à l’ouverture à l’automne de la même année du local d’injection, tel qu’il existe toujours aujourd’hui.

De la méfiance à l’acceptation

La méfiance est cependant grande au sein de la population. Dans les courriers de lecteurs, ces derniers expriment leurs craintes envers des toxicomanes en manque et des dealers agressifs. Les autorités bernoises sont elles aussi sceptiques, mais une expertise menée par la suite les convainc du bien-fondé du local d’injection.

Le choix de cette politique sociale est probant: pour la première fois, des toxicomanes peuvent consommer de la drogue sans stress et dans de bonnes conditions d’hygiène. Ils reçoivent des seringues propres, ce qui fait chuter le risque qu’ils contractent le virus HIV ou une hépatite. En cas d’urgence médicale, les premiers secours peuvent en outre être avertis.

Le local est très vite débordé car les scènes ouvertes de la drogue se font plus nombreuses. A cette époque, la place zurichoise du Platzspitz fait la une des journaux du monde entier avec des images choquantes de toxicomanes qui s’y regroupent.

La politique de répression se traduisant par un absurde jeu du chat et de la souris entre la police, les toxicomanes et les dealers, la solution pragmatique qu’offre le local d’injection, comme instrument d’aide à la survie, commence ainsi à s’imposer.

Intégrer les marginaux

Au début des années 90, le local d’injection est inclu dans la politique des quatre piliers de la Confédération: l’Etat ne répond désormais plus seulement aux problèmes de drogue par la répression mais en mettant en avant la prévention, la thérapie ainsi que la réduction des risques.

Le modèle bernois est suivi à Bâle en 1989 et à Zurich en 1994, notamment. Et ce ne sont pas seulement les locaux d’injection qui contribuent à l’intégration sociale, puisque la distribution d’héroïne sous contrôle étatique, la prescription de méthadone, l’accompagnement à domicile et des projets d’aide aux prostituées toxicomanes y participent également.

Le problème de la drogue n’a évidemment pas disparu mais il a perdu de sa virulence au sein du débat public et cela, pour une raison bien simple: les toxicomanes sont beaucoup moins visibles. «Ces centres de rencontre permettent de libérer l’espace public», a expliqué à l’ats Jakob Huber, directeur du réseau Contact à Berne.

Plus de 200 personnes se rendent chaque jour dans le local d’injection de la ville de Berne. Chaque toxicomane est contrôlé à l’entrée et prend un ticket numéroté, puis attend son tour. Il dispose de 30 minutes pour consommer sa drogue.

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