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Ville de Lausanne, 2007

Le projet municipal de Lausanne en bref

Le dispositif proposé :

Le document faisant l'objet de la votation du 8 juillet prochain s'intitule «Dispositif lausannois en matière de toxicomanie et de marginalité. Réponse aux motions de Mme Solange Peters et de M. Gilles Meystre» Rapport-préavis 2006/66. Il présente des données générales sur la toxicomanie en Suisse, dans le canton de Vaud et à Lausanne, ainsi que les principales sources d'inquiétudes pour l'avenir dans ce domaine: mauvais état de santé de la population toxicomane, problèmes de rassemblements dans l'espace public, nouveaux modes de consommation des produits stupéfiants et risques encourus.

La Municipalité propose ensuite des améliorations s'inscrivant dans le IIIe pilier de la politique fédérale en matière de drogue, la réduction des risques, qui doit «contribuer à diminuer les conséquences négatives de la consommation de drogues pour les usagers eux-mêmes et, indirectement, pour la société, en rendant possible une consommation entraînant moins de problèmes individuels et sociaux».

Les principaux changements :

  • la création d'un espace de consommation pour les usagers de drogue;
  • la poursuite du Distribus, bus d'échange de seringues itinérant en ville de Lausanne, et celle de l'échange de matériel. Ainsi que la vente de seringues propres par deux automates (dépannage soir et week-end);
  • l'ouverture d'un bistrot social;
  • des actions de prévention en milieu nocturne.

Les modifications dans le dispositif actuel :

  • la suppression du centre d'accueil Le Passage (dont l'équipe reprendra la mission de l'espace de consommation);
  • la fin de l'activité de l'UnISET, unité d'intervention socio-éducative de terrain;
  • des diminutions ou suppressions de subventions pour trois associations: Sport'ouverte, l'Eveil et les Colis alimentaires.

Enfin, la Municipalité propose des mesures de base pour toutes les personnes fragiles ou marginalisées: fournir des repas gratuits à midi et le soir, tous les jours (par la Soupe populaire), et maintenir, voire renforcer les structures d'hébergement d'urgence nocturne, destinées aux sans-abri.

Pourquoi changer ?

Améliorer l'état de santé et l'ordre public :

La réflexion sur le dispositif actuel en matière de toxicomanie et de marginalité et sa réorganisation a porté sur deux points principaux. D'une part, améliorer l'état de santé de la population toxicomane (infections hépatites B et C, virus VIH), en prenant des mesures de santé publique. D'autre part, les problèmes liés aux rassemblements de la Riponne provoquent des réactions de crainte et d'indignation dans la population en général et parmi les commerçants du centre-ville. De trop nombreuses seringues sont trouvées dans l'espace public, et les WC publics ou autres cages d'escaliers du centre sont utilisés par des usagers de drogue comme locaux d'injection sauvage. Il faut donc aussi améliorer l'ordre public.

S'inspirant des expériences menées dans d'autres villes en Suisse (Genève et Bienne pour la Suisse romande), la Municipalité souhaite améliorer cette situation insatisfaisante par la création d'un espace de consommation et l'ouverture d'un bistrot social.

Être conseillé, se rencontrer :

Un espace de consommation permettra aux toxicomanes d'avoir un lieu calme, sécurisé et propre pour consommer ailleurs que dans l'espace public, de bénéficier d'un soutien social et sanitaire, de recevoir des conseils et d'adopter des bonnes pratiques en matière d'injection (voir L'espace de consommation). Le bistrot social devrait, quant à lui, permettre aux personnes marginales qui se rassemblent aujourd'hui sur la Riponne, de garder un lien social et de se retrouver dans un lieu accueillant et tolérant (voir Le bistrot social).

Pour une meilleure gestion de l'espace public :

Malgré tous les efforts faits dans ce domaine, les questions liées aux rassemblements de personnes à Saint-Laurent depuis 1994, puis à la Riponne depuis 2005 n'ont pas, à ce jour, trouvé de réponse satisfaisante pour les différents partenaires de la ville. Le Corps de police a pourtant multiplié les efforts, lançant diverses opérations – Parvis, Strada, Celtus – avec des résultats certes positifs sur le plan du trafic de stupéfiants, mais pas véritablement sur le plan des rassemblements de personnes. Le projet UnISET (Unité d'intervention socio-éducative de terrain) a lui aussi contribué à stabiliser la situation mais ne peut pas remplacer la création d'un espace de consommation.

L'espace de consommation

Une structure sociale et sanitaire :

Un espace de consommation de stupéfiants (ECStup) est une structure tout d'abord sociale, mais également sanitaire, dans laquelle un toxicomane peut venir, être accueilli et orienté, puis s'inscrire au moyen d'un ticket pour aller faire lui-même son injection dans une pièce prévue à cet effet, sous la surveillance d'un professionnel. Il peut aussi inhaler ou fumer son produit illicite, dans le local d'inhalation, vitré et ventilé. Aucun produit stupéfiant ne lui est remis, seul du matériel propre (seringues) et des conseils sanitaires et sociaux lui sont fournis. L'ECStup se situera à la rue César-Roux 16, avec un accès par la rue Saint-Martin. Il sera confié à la Fondation ABS «Fondation pour un accueil à bas seuil» qui gère aujourd'hui le centre d'accueil Le Passage. ABS dispose d'une expérience d'environ 10 ans avec une telle population. Si un tel centre est nouveau pour le Canton de Vaud, il en existe une quinzaine en Suisse (Genève et Bienne pour la Suisse romande) et de nombreuses études documentent la façon de les gérer. Le local de Berne a fêté ses 20 ans d'existence en 2006 (voir La parole aux usagers - DVD «Fixerorte», Berne 2006).

L'espace de consommation en bref :

  • Ouvert 6 jours sur 7, 7 heures par jour.
  • 6 places dans le local d'injection, 4 dans l'espace d'inhalation.
  • 4 intervenants présents en permanence.
  • 12.5 postes de travail (EPT). Équipe de professionnels: moitié infirmières, moitié travailleurs sociaux et un médecin à 30%.
  • Un intervenant de rue, en lien avec le réseau sanitaire existant et le quartier.
  • Un espace d'accueil, petite cafétéria (conseils et échanges de seringues).
  • Une évaluation dès le départ, confiée à l'IUMSP (Institut universitaire de médecine sociale et préventive) et un suivi par les partenaires du projet.

Le bistrot social

Un lieu de rencontre tolérant :

Un certain nombre de marginaux sont aujourd'hui refusés dans les établissements publics et ils se rassemblent à la Riponne pour consommer des boissons alcoolisées. C'est cette consommation d'alcool qui les conduit, le plus souvent, à se comporter avec incivilité.

S'inspirant directement de l'expérience positive de Bienne, la Municipalité souhaite leur proposer un lieu accueillant où se retrouver et diminuer ainsi les nuisances dans l'espace public. Le bistrot social sera géré par une association et fonctionnera comme les autres cafés de la place, selon les règles en vigueur. Aucune consommation de drogue ne sera autorisée, mais toute personne marginalisée ou non pourra y passer du temps, à l'abri. Le degré de tolérance face à cette population sera plus élevé que dans les établissements publics et les chiens y seront admis. Les locaux prévus à cet effet, à la rue César-Roux 16, disposent d'une grande terrasse privative avec un accès totalement séparé de l'espace de consommation. Ce bistrot s'autofinancera en partie, mais une subvention communale viendra combler les pertes éventuelles. Du personnel de restauration sera engagé. Voisin de l'espace de consommation, le bistrot pourra faire appel aux agents de sécurité si nécessaire.

Un groupe d'accompagnement sera constitué de représentants des bénéficiaires, du personnel, du quartier et du réseau social et psychiatrique lausannois. Ce groupe pourra proposer des mesures d'amélioration ou d'animation, dialoguer avec les habitants et les voisins.

Le bistrot social en pratique :

  • Ouvert 7 jours sur 7
  • De 10 à 21 h environ
  • Boissons vendues à des prix modiques (y compris de l'alcool)
  • Petite restauration, pas de repas servis
  • Accueil et tolérance

La sécurité et le rôle de la police

Des professionnels en interaction :

Le Corps de police continuera sa mission habituelle de lutte contre le trafic de stupéfiants, par sa brigade des stupéfiants et par Police Secours. La politique de tolérance zéro pour le trafic se poursuivra. Néanmoins, l'expérience des autres villes suisses a mis en évidence que la création de l'espace de consommation de stupéfiants (ECStup) pourrait provoquer une redistribution géographique des activités liées au deal. Des mesures spécifiques assurant l'ordre public dans ce quartier doivent être mises en place, tout en permettant un libre accès pour les consommateurs à l'ECStup.

À l'intérieur de l'espace de consommation, c'est l'équipe des intervenants qui garantira la sécurité et les règles de comportements, établies et communiquées aux usagers de drogue. À la porte d'entrée, un agent de sécurité privée surveillera les allées et venues et empêchera que le deal ne s'installe dans les abords immédiats de l'immeuble. Une patrouille d'agents de sécurité effectuera des rondes autour de l'ECStup plusieurs fois dans la journée. Tant l'équipe que les agents de sécurité pourront faire appel à la police, si nécessaire. C'est le cas actuellement dans les boîtes de nuit ou les établissements nocturnes.

Un concept déjà éprouvé :

Les collaborations établies entre le personnel et les agents de sécurité ont permis, dans d'autres espaces d'injection, de diminuer les épisodes de violence apparus, et dûs en particulier à la consommation de cocaïne. Il n'est pas possible de placer un policier à l'entrée de l'ECStup, car il serait «obligé» d'arrêter tous les consommateurs qui détiennent un produit illégal.

Une collaboration clairement définie :

C'est la Municipalité qui établira la mission spécifique de ces agents de sécurité; cette collaboration fera d'ailleurs l'objet d'un suivi particulier par un groupe de référence de l'ECStup, formé de la police, de l'équipe socio-sanitaire et d'experts dans ce domaine. De cette façon, les ajustements nécessaires pourront se faire au gré des problèmes véritablement rencontrés.

Il va de soi que l'espace de consommation sera, lorsqu'elle le jugera nécessaire, accessible à la police en tout temps.

Ou et combien ?

Un immeuble à vocation sociale :

La Ville a acheté un immeuble, situé à la rue César-Roux 16, dans le but de disposer de davantage de logements sociaux. Cet immeuble comprend 46 appartements et il est prévu d'y installer des bénéficiaires de «logements de secours». Cette opération financière s'inscrit dans le cadre de l'autorisation générale d'acquisitions d'immeubles et de terrains pour la législature 2006-2011 et ne fait donc pas l'objet de la votation.

Un choix réaliste :

Plusieurs raisons conduisent à penser que ce lieu est adéquat pour l'implantation d'un espace de consommation et d'un bistrot social. Il est bien centré pour les bénéficiaires, mais pas directement voisin de commerces, d'écoles, ou de zones sensibles. Le quartier est mixte. Les deux projets auront des entrées totalement séparées: l'ECStup est prévu dans une ancienne carrosserie, avec un accès sur la rue Saint-Martin, et le bistrot social dans un ancien restaurant, avec un accès sur César-Roux et une grande terrasse privative

Les coûts :

Le coût annuel de fonctionnement pour l'ECStup a été estimé à 1,8 million de francs. Il faut encore ajouter les frais de l'évaluation et ceux du concept de sécurité, ce qui entraînera une dépense totale annuelle de 2,2 millions de francs. Une subvention annuelle de 200'000 francs a été prévue pour combler les déficits éventuels du bistrot social. En contrepartie, des économies seront réalisées par diverses suppressions et changements dans le dispositif actuel (voir document à télécharger).

En bref, si le nouveau dispositif est accepté, une dépense supplémentaire de 446'000 francs sera consentie. Le total des dépenses dans ce domaine passerait donc de 5,8 millions à 6,3 millions par an

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