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ledevoir.com, 04 octobre 2011

Les obstacles à l'implantation de sites d'injection supervisée demeurent

Les obstacles à l'ouverture de sites d'injection supervisée (SIS) restent nombreux au Québec en dépit de la décision favorable rendue la semaine dernière par la Cour suprême.

Pendant des mois, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a dit qu'il attendrait le jugement avant de se prononcer. Maintenant, il attend d'en avoir fait l'analyse.

Interrogé hier à ce sujet, le ministre Bolduc a admis que le Québec ne pourrait faire fi de cet arrêt du plus haut tribunal du pays. Il a cependant indiqué qu'il devait prendre en considération l'acceptabilité sociale d'un centre où les utilisateurs de drogues injectables (UDI) peuvent se piquer sans être inquiétés par la police. «Il faut tenir compte de tout le dossier. Chose certaine, on ne peut pas faire fi du jugement de la Cour suprême. Le jugement est là», a-t-il précisé à La Presse canadienne.

Selon des informations recueillies par Le Devoir, des poids lourds au sein du gouvernement Charest, issus de la région montréalaise, verraient d'un mauvais oeil l'implantation de SIS.

La Cour suprême a conclu elle-même qu'il y avait plus d'avantages que d'inconvénients aux SIS, dans son arrêt favorable au maintien d'Insite, à Vancouver. Les SIS n'entraînent pas de hausse de criminalité, et ils contribuent à la diminution de la mortalité chez les UDI, a rappelé le ministre. «En temps et lieu, on va prendre les bonnes décisions. L'objectif à la fin, c'est d'avoir une bonne société pour permettre d'avoir des bons soins, même aux clientèles les plus vulnérables», a dit M. Bolduc.

En soupesant tous ces facteurs, le ministre veut y réfléchir encore quelque temps avant de décider ce que le Québec fera et jusqu'où il ira.

La DSP en faveur des SIS

La Direction de la santé publique (DSP) de la région de Montréal s'est déjà prononcée en faveur de l'ouverture de SIS. Le directeur de la DSP de Montréal, Richard Lessard, entend bien donner suite à cet engagement avant de prendre sa retraite imminente. La DSP doit publier prochainement les rapports de comités de travail sur l'acceptabilité sociale des SIS et l'organisation des services.

En principe, trois SIS devraient voir le jour à Montréal, au centre-ville dans Hochelaga-Maisonneuve et dans Verdun. L'organisme communautaire Cactus a déjà présenté un projet qui a reçu un accueil préliminaire favorable de la DSP pour gérer le site du centre-ville. Avec un budget approximatif de 300 000 $, Cactus pourrait embaucher des infirmières qualifiées et offrir des soins de santé et du matériel d'injection stérile aux UDI. De 100 à 120 injections par jour pourraient être pratiquées dans ses locaux.

«L'idéal, c'est que le communautaire s'en occupe. La clientèle ne va pas vers le réseau institutionnel, elle va vers les organismes communautaires, avec lesquels le liende confiance est déjà établi», explique Louis Letellier de Saint-Just, le président du conseil de Cactus.

Le réseau de la santé pourrait aussi hériter de la nouvelle responsabilité de SIS, un scénario très plausible s'il n'y a pas de fonds supplémentaires pour les groupes communautaires.

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