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laurent-mucchielli.org, 30 avril 2011

Les salles d’injection peuvent sauver des vies

Ces dernières semaines, le débat sur les salles d’injection a été à nouveau au centre du débat public par des prises de positions publiques d’acteurs politiques et par la publication récente d’articles scientifiques et d’avis. Ce débat avait été introduit cet été, suite à la remise d’une expertise collective de l’INSERM préconisant d’évaluer l’intérêt d’expérimenter cette mesure de santé publique en France. Début avril, le Conseil National du Sida a préconisé la modification de la politique actuelle en matière de drogues et a réaffirmé à cette occasion la nécessité de mettre en place des salles d’injection en France. Le 18 avril 2011, la publication d’un article dans la très prestigieuse revue scientifique The Lancet est venue confirmer les bénéfices en santé publique observés suite à l’ouverture d’une salle de consommation supervisée à Vancouver.

S'en tenir aux données scientifiques

Cet article confirme que l'implantation des salles d'injection a un réel impact de santé publique sur la baisse de la mortalité liée a l'usage de drogues. Dans un contexte ou les salles d'injection sont l'objet de controverses politiques, il est important de resituer le débat dans les différents espaces sociaux dans lesquels cette question est abordée. Récemment un article de Metropolitiques d’un élu de Paris s'opposait à ces salles en les présentant comme une forme de prosélytisme vis-à-vis de la consommation de drogues et des pratiques d'injection sans qu'aucune enquête scientifique n'ait jamais pu établir de lien entre l'augmentation de la consommation de drogues et l'implantation des salles d'injection dans les villes ayant tenté l'expérience. D’un côté, les arguments utilisés par certains détracteurs des salles d’injection reposent sur des positions morales, alimentant les peurs, et déconnectées des évidences de santé publique. D’un autre côté, les plus fervents partisans des salles d’injection peuvent être amenés à introduire dans le débat des arguments épidémiologiques sur l’impact direct de ces salles sur la diminution de la criminalité ou de la contamination par le sida et les hépatites, sans que les enquêtes disponibles n’aient pas toujours confirmé ces résultats et alors que la causalité épidémiologique est toujours complexe à établir.

Dans ce débat polémique, il est intéressant de pouvoir réintroduire la démarche scientifique basée sur l'observation des faits. La publication du Lancet montre que les salles d’injection peuvent sauver des vies à court terme, en faisant diminuer les overdoses mortelles dans la population des usagers de drogues. Il faut rappeler à ce sujet que l'expertise collective INSERM sortie en juin 2010 avait déjà pointé l'intérêt à évaluer la mise en place de ces salles en France, en utilisant cet argument de la diminution des overdoses. Cet argument d'ordre scientifique n'avait pas alors pu être entendu principalement pour des raisons politiques alors que la France est depuis quelques années confrontée a une augmentation du nombre d'overdoses liées à l’usage de drogues. Dans ce contexte où les politiques en matière de drogues sont essentiellement traitées à travers le prisme de la morale dans le monde, un mouvement social intitulé la déclaration de Vienne a été lancé par des chercheurs lors de la conférence internationale sur le sida, invitant à fonder les politiques des drogues sur la science plutôt que sur l’idéologie.

Par Marie JAUFFRET-ROUSTIDE


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