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Le Devoir, 31 août 2008

Lettre au ministre de la santé - Pour un site d'injection adapté

Monsieur le ministre,

Dernièrement, vous avez annoncé publiquement votre décision d'écarter l'idée d'ouvrir un site d'injection supervisée au Québec. Cette décision a pris bien des gens par surprise, à commencer par nous, puisque l'idée d'avoir ce type de ressource fait l'unanimité parmi les experts du réseau de la santé, et ce, depuis longtemps.


Depuis plusieurs années, les intervenants des CLSC des Faubourgs, Saint-Louis-du-Parc et du Plateau-Mont-Royal, qui font partie du CSSS Jeanne-Mance à Montréal, travaillent quotidiennement, de pair avec des organismes communautaires, auprès de personnes qui font usage de drogues injectables. Plusieurs de nos intervenants voient quotidiennement l'environnement dans lequel évoluent ces personnes et les conséquences de telles habitudes.

Ainsi, à la lumière de nos connaissances et de notre expérience, nous joignons notre voix à celles déjà entendues afin de réitérer les bienfaits d'un site d'injection supervisée.

Les arguments en faveur de l'instauration d'un tel site ne doivent plus vous être inconnus, mais permettez-nous de les rappeler: éviter la propagation des ITSS, en particulier le sida et l'hépatite C, rejoindre des usagers marginalisés afin de leur offrir d'autres services de santé, dont la désintoxication, éviter les surdoses et les coûts qui y sont associés, réduire la consommation de drogues par injection ou l'inhalation dans les lieux publics, réduire la présence de seringues abandonnées, éviter que les personnes intoxiquées se retrouvent immédiatement dans la rue.

Il y a une quinzaine d'années, nous avons fait un pas en avant comme société responsable en instaurant un système de récupération et d'échange de seringues usagées. Bien que cette pratique ait soulevé des questions au début, il s'agit aujourd'hui d'un acquis permettant d'éviter de nombreux incidents en plus de prévenir la propagation d'ITSS. Il faut maintenant aller plus loin.

Si votre décision ne repose pas sur des critères de santé publique mais sur la perception que ces lieux agissent comme catalyseur de criminalité, permettez-nous de parler de l'expérience du site INSITE, à Vancouver. L'évaluation d'INSITE montre que la criminalité n'a pas augmenté autour du site. Au contraire, on y a remarqué une diminution de la prostitution, des vols, des agressions sexuelles et des activités de «squeegees».

Un modèle adapté

Enfin, est-il nécessaire de vous rappeler qu'aucune société n'est venue à bout des problèmes liés à la drogue par des actions de répression? Il est donc primordial de mieux nous outiller, en tant que société, pour intervenir dans ces contextes, certes non souhaités, mais réels. En fait, il faut peut-être voir dans ces sites une nouvelle vitrine permettant de mieux comprendre les problèmes et les dynamiques liés à la consommation de drogues. Il s'agit peut-être d'une occasion d'offrir de meilleurs services et de limiter davantage les conséquences liées à la consommation de drogues.

Il est important de proposer un modèle de site d'injection supervisée adapté à nos réalités. Prenez le temps de venir voir ce qui se passe sur le terrain, de rencontrer nos intervenants et les gens des organismes actifs dans ce milieu pour voir comment nous pourrions développer notre modèle.




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