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cnpert, 13 mai 2011

Méthodologie de la désinformation !!

Les salles d’injection supervisées, un remède pire que le mal ?

Rappelons l’essentiel de ce projet : créer des salles d’injection, lieux sécurisés où un toxicomane pourrait s’injecter par voie intraveineuse une substance qu’il apporterait, qu’il pourrait dissoudre dans de l’eau, utilisant une seringue qui lui serait fournie (à usage unique) dans des conditions d’asepsie.
 
L’intention peut sembler généreuse, éviter que l’injection ne se passe dans la rue, apporter un minimum d’hygiène et permettre au toxicomane de (retrouver) trouver un contact avec des professionnels de santé.
Ce projet est irréaliste et très dangereux car il néglige des risques majeurs tant pour l’utilisateur que pour la société. En voici quelques uns.

  • La substance injectée. L’utilisateur apporte sa propre drogue. Peut-on s’assurer de sa composition, qu’elle ne contient pas d’autres substances toxiques, que cette drogue correspond bien à ce qu’a acheté son utilisateur ? Doit-on faire confiance à son seul fournisseur alors que les drogues ne sont pas contrôlées? De nombreux exemples montrent la non-conformité de la fourniture à la substance attendue.
 
  • On n’évitera pas un risque de contamination. Les critères de préparation d’une solution stérile sont très rigoureux et ne peuvent pas s’improviser. Après dissolution de  la poudre fournie, la solution doit être stérilisée, ce n’est pas le cas. On évitera certes la contamination par le VIH et l’hépatite C en proposant des seringues individuelles mais les solutions injectées  seront toujours  potentiellement infectantes, on changera seulement de contaminant.

  •  Peut on réduire les overdoses ? Rien n’est moins sur. Pour l’héroïne par exemple, éviter tout surdosage suppose que la drogue fournie ait toujours la même composition et que les quantités injectées soient toujours les mêmes c'est-à-dire en pratique que le « coupage » ne varie pas d’une livraison à une autre.
 Plusieurs problèmes majeurs s’ajoutent à ces questions aujourd’hui sans réponses.

  • Une drogue est une substance illicite. Sa possession est répréhensible. Elle ne le serait plus dès son entrée en salle d’injection : répréhensible à l’extérieur, mais acceptable à l’intérieur! Il est clair que ce projet aboutirait à légaliser l’usage de toutes les drogues. C’est probablement un des buts recherchés et non avoués mais complètement incompatible avec les exigences élémentaires de santé publique. Corollaire d’une telle mesure, que se passera t-il en cas d’accident grave en salle ? Qui sera tenu pour responsable, l’utilisateur, le fournisseur (inconnu), la structure d’accueil, l’état qui n’aurait pas suffisamment contrôlé ?
 
  • Le projet  méconnaît totalement l’importance du marché de la drogue. Il dépasse largement les seules substances actuellement identifiées. Ce marché en crée tous les jours proposant des substances chimiques nouvelles, élaborées à partir des nombreuses  substances actuellement utilisées pour développer des effets plus rapides, plus intenses et plus prolongés. Comment s’assurer et avec quels moyens éviter que ces substances « propres », car fabriquées par synthèse sans contaminant bactérien ou viral, ne soient apportées par les toxicomanes.  On peut même craindre que ces salles ne deviennent des « bancs d’essai » de nouvelles substances. L’héroïne aujourd’hui, la cocaïne   demain et après? (voir CNPERT N°9 de 2010).
 
  • Un autre danger est celui d’offrir à des toxicomanes à la recherche de sensations fortes la possibilité de passer à l’injection intraveineuse. Certains s’y refusent, pressentant les risques infectieux mais aussi la difficulté des injections sauvages et l’escalade des doses rendant l’addiction difficilement réversible, exigeant une organisation incompatible avec une vie professionnelle. Ces salles favoriseraient ce passage et cette escalade en supprimant certains obstacles.
 
  • Que penser enfin du coup bas terrible que ce projet porterait à toutes les associations qui luttent contre la drogue et ses méfaits, aux associations de parents de drogués qui veulent interrompre et non pérenniser le cycle de l’addiction, aux centres de prévention, de traitement, de suivi. Ce n’est pas un hasard si toutes les associations engagées dans la lutte contre les toxicomanies s’opposent véhémentement à ce projet. Elles se sont engagées vers la seule voie logique, la limitation de l’usage de la drogue.
 
Alors faut-il ne rien faire ? Assurément non, ces toxicomanes de la rue, usagers de l’injection intraveineuse représentent une population fragile, difficile à rencontrer et qu’il faut aider.
 
Comment ? Il existe de nombreuses structures d’accueil, pas seulement hospitalières, qui offrent des possibilités de dialogue, d’information, de soins et même d’injection de drogues mais parfaitement identifiées, excluant toute utilisation de substance non identifiée. Ces structures ne sont pas suffisamment connues, manquent souvent de moyens, on peut en faire la promotion, mais clairement, le fait qu’elles prônent la désintoxication  éloigne  nombre de toxicomanes. Il faut alors continuer d’informer, de marteler le danger gravissime de la drogue surtout auprès des jeunes au moment de leur formation professionnelle.
 
En bref, les moyens actuels, structurels et d’initiative privée, doivent être développés et présentés de façon large et massive. On cite souvent des expériences de salles ou de lieux (jardins publics) d’injection déjà menées dans d’autres pays dans d’autres conditions que ce qui est proposé. Cependant, aucun à notre connaissance n’a fait état de résultats significatifs et durables. Il serait utile de connaître leurs véritables bilans et conclusions  et non d’avancer des rumeurs d’effets positifs en fait incontrôlables. En attendant, il faut maintenir, encourager et développer ce qui existe.
 
En conclusion, créer des salles où chacun fera ce qu’il voudra avec ses « propres » ( ?) produits, sans réel contrôle autre que sanitaire n’est ni médicalement ni humainement justifié. C’est une fausse bonne idée.
 
Jean-Paul TILLEMENT
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