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DNA, 31 octobre 2001

Mulhouse : salles d’injection pour toxicomanes ?

Journée-Débat à Mulhouse : RDR & Salles d'injection à moindre risques
A quand l'ouverture de salles d'injection pour les toxicomanes ? L'association LUDIC, qui souhaite la création d'une telle structure à Mulhouse en 2002, organisait hier une journée débat sur ce thème. L'occasion de faire le point sur les pratiques toxicomaniaques dans le Haut-Rhin.
 
«Oui Mulhouse 2002 – ville candidate partenaire officiel », tel était le slogan parodique ostensiblement arboré sur leur tee-shirt, hier au parc-expo de Mulhouse, par les membres de Libres, Usagers de Drogues Informés et Citoyens (LUDIC), organisateurs d'une journée à laquelle étaient conviés des intervenants venus de toute la France et de la Suisse voisine, pionnière en matière de salles d'injection.
 
Au delà de la provocation véhiculée par le sigle LUDIC et de l'ambiguïté de la position de cette jeune association mulhousienne vis-à-vis de l'usage de stupéfiants (on peut s'interroger sur la logique sous-jacente d'une structure qui prône à la fois le droit individuel à l'usage, nonobstant les drames personnels et familiaux causés par les drogues dures, et la prise en charge collective par la société de la prévention des risques liés à cet usage), la jounée posait l'intéressante question de l'opportunité de la création de salles d'injection. Avec, au préalable, une présentation de la situation sur Mulhouse et Colmar depuis la mise en place en 1996 des programmes d'échange de seringues, des politiques se substitution et du maillage du terrain par les structures dites à "bas seuil", comme Trait d'Union ou la boutiques Bémol.
 
Des avantages
 
Marie-Line Gerome, coordinatrice Trait d'Union/Aides Alsace à Mulhouse, a souligné la forte diminution des overdoses mortelles dans le Haut-Rhin (passées de 36 en 1994 à 10 en 2000), la nette augmentation du nombre de toxicomanes suivis médicalement (de 689 à 2208 dont 1800 au subutex) et le développement des programmes d'échange de seringues (1902 à 64 875), notant également « un faible taux de séropositivité ». Le Dr Jean Rottner, du service des urgences de l'hôpital mulhousien, a mis en évidence la prédominance de l'hépatite C parmi les maladies contractées et présenté l'action de l'ECIMUD au sein de la structure hospitalière pour réunir les différents intervenants hospitaliers sur la toxicomanie dans un souci d'efficience.
 
Plus inquiétantes sont les conclusions de l'enquête réalisée auprès de 47 toxicomanes par injection, présentées par Christiane Dillmann, infirmière à Bémol et Argile. Il apparaît que 46 % déclarent avoir consommé des drogues en détention, que 77 % prennent en association subutex, benzodiazépines et alcool avec recherche de potentialisation. Au-delà de la permanence du comportement toxicomaniaque, l'enquête montre que les politiques de prévention sont loin d'avoir fait disparaître les comportements à risques. Des conclusions qui apportent de l'eau au moulin de LUDIC, au-delà de la difficulté morale à voir la société organiser elle-même l'injection de stupéfiants. Pour Bernard Bertrand, de LUDIC, les études montrent l'utilité de ces salles qui existent depuis 12 ans à Bâle. Associées aux structures d'accueil, elles offrent les avantagent d'une meilleure surveillance, d'une diminution des décès par surdose, d'une minimisation des risques par injection propre de la drogue.
 
Socialement, cette solution permet d'éviter les shootage sauvages dans les cages d'escalier et l'abandon de seringues dans des lieux publics. D'ailleurs, pour nombre d'intervenants, ces salles existent déjà de facto, des toxicomanes se fixant déjà en dépit des règlements dans les WC ou les douches des boutiques.
 
Alors à quand une telle salle à Mulhouse ? LUDIC a promis de prendre les devants si rien ne bougeait du côté des institutions. La Ville, représentée par le conseiller municipal délégué à la santé, Henri Metzger, s'est engagée à étudier la proposition.
DNA du 31 octobre 2001