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11 octobre 2016 (mis à jour : 06 novembre 2016)

Ouverture de la première salle de consommation à moindre risque française, à Paris

Salle de consommation à moindre risque

La première salle de consommation à moindre risque (SCMR) en France a été inaugurée à Paris le 11 octobre par la ministre de la santé, Marisol Touraine, et la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo.

Photos

Son ouverture s'inscrit dans le cadre d'une expérimentation de six ans, un principe qui figure dans la loi santé adoptée en décembre 2015 par le Parlement. Située au 2 rue Ambroise-Paré, dans le nord du Xe arrondissement de Paris, l'Espace Gaïa sera ouvert tous les jours aux usagers drogues de 13h30 à 20h30 à partir du 16 octobre. La SCMR est située dans un bâtiment de l’hôpital Lariboisière, avec une entrée autonome. Elle se trouve dans la plus importante zone de consommation de drogue de la capitale.

L'Espace Gaïa est un Centre d'Accueil, d'Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues (CAARUD) avec :

  • un espace d'accueil : attente avant la consommation, entretien de premier accueil,
  • un espace de consommation à moindre risque avec un espace d'injection de 12 postes et un espace d'inhalation de 4 places,
  • un espace de repos avec possibilité de petite restauration,
  • un espace médical pour les consultations et les soins infirmiers,
  • un espace d'entretiens individuels, éducatif et social,
  • un espace pour l'insertion et redynamisation. 
Une équipe en permanence composée de 5 intervenants (2 accueillants moniteurs-éducateurs, 2 éducateurs spécialisés et 1 infirmier), 1 agent de sécurité, 1 infirmier supplémentaire selon les besoins, 1 médecin à plein temps et 1 assistant de service social à plein temps.

Règles de fonctionnement :

  • Premier entretien ou entretien d'inclusion : le premier entretien associé à la passation d'un questionnaire est une condition à l'inclusion dans le dispositif. Ces entretiens sont anonymes, de même que le recueil de données.
  • Entrée dans le dispositif : lors de chaque venu dans la SCMR, les usagers doivent impérativement montrer ce qu'ils vont consommer (produit et quantité), afin que l'intervenent accepte leur entrée dans le dispositif.
  • Matériel pour la consommation : pour chaque consommation, les usagers ont l'obligation d'utiliser du matériel stérile fournit par le dispositif.
  • Refus d'inclusion : les contre-indications citées ci-dessous ne sont pas négociables et ne permettent pas l'accès à la SCMR : 
    • Etre agé de moins de 18 ans
    • Se présenter en état d'ébriété (haleine alcoolisée, discours confu...) ou en état d'agitation
    • Vouloir injecter dans les abcès, les ulcères, et les parties génitales
    • Vouloir réutiliser des cotons conservés par l'usager
    • Vouloir utiliser son propre matériel

Le pacte du 19 mai 2009

Collectif du 19 mai : SCMR
Photo : de gauche à droite / Fabrice Olivet, Elisabeth Avril, Pierre Chappard, Catherine Duplessy, Bernard Bertrand et Patrick Favrel.

Tout commença par la décision de Fabrice Olivet, directeur d'ASUD et Jean-Louis Bara, président de SAFE, de faire une action d'éclat lors de la journée mondiale hépatites, le 19 mai 2009. Ils invitent pour celà plusieurs associations : Gaïa-Paris (Dr. Elisabeth Avril, directrice), SOS DI (Dr. Marie-Laure de Sevrac, directrice du pôle PACA) Act Up-Paris, SOS Hépatites-Paris (Michelle Sizorne et Patrick Favrel) et l'ANITEA, l'association nationale des intervenants en toxicomanie et addictologie, aujourd'hui Fédération Addiction (Jean-Pierre Couteron, président). Bernard Bertrand, ancien membre de l'association d'autosupport LUDIC à Mulhouse, auteur de plusieurs articles et ouvrages, qui a organisé en 2001, un colloque sur les salles d'injection supervisée et qui anime depuis plusieurs années, le site internet "salledeconsommation.fr" (devenu une Plateforme mondiale pour les SCMR), rejoint également le collectif.

Entre les acteurs du collectif, la discussion a lieu sans vraie difficulté : le besoin d'une action "provocatrice" est compris et assumé par tous. Au départ, l'idée d'une salle de consommation à moindre risque ne va pas de soi.... Si Act Up-Paris, ASUD et Bernard Bertrand sont depuis longtemps convaicu de l'intérêt de cet outil, pour le président de l'ANITEA, ce n'est pas le cas !

Après un travail pédagogique au sein du collectif, la proposition de monter une vraie-fausse salle de consommation, et inviter des usagers de drogues, fait l'unanimité. Le "Collectif du 19 mai" est né. Dr Anne François, médecin à Quai 9 (association Première ligne), la salle d'injection supervisée de Genève (Suisse), est appelée en renfort pour présenter la structure et ses résultats. La presse est invitée (Dossier de presse).
   


Premier succès : l'écho médiatique est inespéré, extrêmement positf et bienveillant : Journaux, presse gratute, radios, télévisions sont présent pour visiter la SCMR . C'est le début d'un long travail pédagogique auprès des professionnels et des politiques. La vraie-fausse SCMR est installée au 30e journées de l'ANITEA à Paris, au colloque international THS à Biarritz et au congrès annuel de SOS Hépatites.

Au niveau politique

C'est l'aboutissement d'un long processus politique commencé en novembre 2009, jour où Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de la santé se dit favorable à l'expérimentation de salle de consommation à moindre risque si l'expertise collective, qu'elle vient de commander à l'INSERM, sur la réduction des risques chez les usagers de drogues était favorable.

Le 14 décembre 2009, le député Jean-Marie Le Guen a défendu devant le Conseil de Paris la mise en place de salles de consommation de drogue dans la capitale, reprennant les revendications du collectif du 19 mai.


Pour connaître toute l'histoire : Pierre Chappard et Jean-Pierre Couteron, Salle de shoot. Les salles d'injection supervisée à l'heure du débat français, La Découverte, 2013.

Après Paris, une SCMR va ouvrir à Strasbourg le 7 novembre, et d'autres devraient suivre à Bordeaux et Marseille. Elles sont présentes dans de nombreuses villes en Europe et dans le reste du monde : en Allemagne, en Australie, au Canada, en Espagne, au Danemark, au Luxembourg, en Norvège, aux Pays-Bas et en Suisse.

La ministre de la Santé et des Affaires sociales, Marisol Touraine, a déclaré dans Libération :

« D’abord, ce n’est pas une, mais deux salles de consommation à moindre risque qui vont ouvrir cet automne. Je me rends aujourd’hui dans la première, à Paris. D’ici à la fin du mois, une autre ouvrira à Strasbourg. (...)

Au final, combien de centres devrait-on arriver à ouvrir ainsi ?

Je ne me fixe pas d’objectifs chiffrés. Dans la dizaine de pays qui ont ouvert ce type de salles à travers le monde, il y en a à peu près une centaine. J’espère qu’une fois l’élection présidentielle passée, d’autres projets vont voir le jour et aboutir en France. Et je rappelle qu’il s’agit d’expérimentations. »

#SCMR Paris #Espace Gaia #theta360 #theta360de - Spherical Image - RICOH THETA

Le fonctionnement de la salle

Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction, explique, dans Le Monde, le fonctionnement des SCMR :

« Le principe est globalement toujours le même : l’usager va d’abord s’enregistrer, même avec une identité fictive. A Paris, on lui délivrera un ticket et, comme à la “Sécu”, il devra attendre que son numéro s’affiche pour entrer dans la salle. Il devra également présenter le produit qu’il compte utiliser. La question de la qualité pourra aussi être abordée, par exemple si l’équipe de la salle sait qu’une drogue frelatée est en circulation à ce moment-là.

L’usager rentre ensuite dans le local où a lieu la consommation. Il s’installe, fait sa préparation et dispose de trente minutes pour s’injecter sa dose. A Paris, il y a peu ou pas d’héroïne, mais beaucoup de skénan, un médicament revendu 5 euros le cachet.

Le personnel surveille et se tient prêt à intervenir en cas d’overdose ou si un consommateur n’arrive pas à trouver une veine. Mais il lui est interdit d’aider physiquement à l’injection. Ensuite, c’est la salle de repos, et la possibilité d’accéder à un infirmier, un travailleur social ou un médecin. »

Dr. Elisabeth Avril, directrice de Gaïa Paris, précise sur le site de la mairie de Paris :

« Les personnes qui viennent pour la première fois passent un entretien pour faire le point sur leurs consommations et leur situation médicale, et tous doivent signer un contrat d'utilisation des lieux », explique le Dr Elisabeth Avril. Chacun donne ensuite son prénom et sa date de naissance, et montre les produits qu'il souhaite consommer. « Puis, on leur donne un ticket avec un numéro de passage, poursuit Elisabeth Avril. Une seule consommation est autorisée à chaque passage ».

Legislation regulating drug consumption rooms

Pourquoi il ne faut pas parler de « salles de shoot » ?

Salle de shoot pour les nuls

Les opposants au projet l’ont qualifiée de « salle de shoot ». Pour Jean-Pierre Coutron qui répondait à LCI, c’est à la fois « stigmatisant et factuellement faux » :

« ”Le ‘shoot’ est une expression d’argo pour décrire une façon de s’injecter. Elle renvoie à un côté brutal, à l’image du junkie", explique-t-il. "Cette image, on peut l’assumer, mais il est vrai qu’une salle de consommation a pour but d’encadrer ce geste, d’offrir les conditions qui vont le modifier et d'en faire un acte à moindre risque. En d’autres termes, de passer de la rue à un lieu sûr. Parler d’une 'salle de shoot', c’est sous-entendre qu’on ne change rien, c’est remettre en cause les acquis de ces locaux." 

(...)

Une expression qui cantonne aussi ces nouveaux locaux à leur unique fonction d’aide à l’injection. Alors même que la salle a été pensée pour permettre d’autres formes de consommation de drogues à moindre risque. "A Paris, le matériel de la salle permet non seulement l’injection de substances, mais aussi leur inhalation. Cette méthode est utilisée pour le crack notamment, et parfois l’héroïne" nous précise Jean-Pierre Coutron. C’est pourquoi nous préférons parler de "salle de consommation". Et pour ceux qui veulent gagner de la place, il milite pour "l’acronyme ‘SCMR’, plus court encore que ‘salle de conso’ !" Mais qui attend, encore, de rentrer dans les usages. »

Un dispositif efficace

Les arguments des opposants à l’ouverture des SCMR sont connus, et ne s'appuient sur aucune preuve scientifique : développement du traffic, message permissif aux jeunes, augmentation des nuisances...

Dans une intervention mise en ligne par la revue Le Flyer, le Dr Benjamin Rolland présente l'intérêt des SCMR ainsi que leur éventuelles limites, par l'intermédiaire d'une revue systématisée de la littérature scientifique. [Voir la Bibliographie française]

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