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Tribune de Genève, 23 mars 2010

Quai 9 : la salle d’inhalation fait le plein

Ce type de consommation est moins dangereux que l’injection. Aucune overdose n’est à déplorer parmi les usagers de cette nouvelle salle.

Il y a quelques mois, le lieu d’accueil et de consommation, le Quai 9, s’est doté de nouveaux locaux, et d’une prestation supplémentaire: en plus des injections et du sniff, les consommateurs de drogues peuvent désormais y inhaler leurs substances.

Ultrafréquentée, cette nouvelle salle ne désemplit pas. Un succès qui inonde le Quai 9 de visiteurs.

Surtout de l’héroïne

Ils sont en effet 40 à 50 chaque jour à passer par cette pièce dédiée à l’inhalation, dotée de quatre places. On y fume principalement de l’héroïne, plus rarement de la cocaïne ou d’autres médicaments. Qui sont ces consommateurs ? Le profil type des habitués de la salle d’inhalation n’a pas encore pu être totalement dressé, même si l’équipe du Quai 9 a pu noter que la moyenne d’âge ne différerait pas vraiment de celle des habitués de l’injection.

«Nous n’avons pas assez de recul, explique Christophe Mani, directeur de l’association Première Ligne, qui chapeaute le Quai 9. Nous allons analyser ultérieurement nos données afin de savoir qui sont ces usagers et comment leur consommation a évolué.»

L’ouverture de la salle d’inhalation a effectivement été synonyme de changement chez plusieurs toxicomanes s’injectant l’héroïne. «Grâce à l’alternative de l’inhalation, certains consommateurs ont diminué voire stoppé les injections», ajoute Christophe Mani.

Un phénomène plutôt positif en termes de santé publique: «L’inhalation représente moins de risques d’overdose, de problèmes veineux ou d’infections que l’injection, poursuit le spécialiste. Les deux formes de consommation entraînent une dépendance, mais la fumée limite la dégradation physique. L’overdose n’est pas impossible, mais plus rare.» Effectivement, jusqu’à aujourd’hui, aucun usager de la salle d’inhalation n’a dû être emmené à l’hôpital suite à une surdose.

Nouvelle population

Deuxième effet de cette nouvelle prestation: une population, déjà connue de l’équipe du Quai 9 mais se droguant dans la rue, fréquente désormais régulièrement l’espace de consommation.

«Auparavant, ces personnes venaient juste chercher du papier d’alu, boire un café ou discuter, mais repartaient fumer ailleurs, explique Christophe Mani. Ce sont notamment elles qui souhaitaient un lieu pour pouvoir le faire en toute tranquillité, sans déranger les riverains. Maintenant qu’elles peuvent consommer au Quai 9, elles y restent plus facilement et nous pouvons aborder avec elles leur rapport à la prise de drogue. Enfin, alors que nous pensions connaître l’ensemble de la population concernée, nous accueillons également des consommateurs de drogues que nous n’avions jamais vus auparavant. Cela nous permet de favoriser une orientation plus précoce de ces personnes vers les lieux de soins et de traitement de la dépendance.»

Aujourd’hui, le Quai 9 reçoit donc un nombre croissant de consommateurs. L’équipe enregistre une centaine de personnes par jour, contre soixante il y a deux ans. Les places dédiées au sniff, qui étaient peu prisées il y a quelque temps, sont également davantage utilisées aujourd’hui. Les lieux ouvrent désormais à 11h au lieu de midi et ferment à 19h. «L’équipe est vraiment très occupée», conclut Christophe Mani.


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