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Le Courrier, 01 septembre 2009

Quai 9 va ouvrir une salle pour l'inhalation de drogues

Le local d'accueil et d'injection géré par l'association Première ligne étendra son offre cet automne.

Quai 9 s'agrandit et se diversifie. Unique en son genre en terre romande, le local d'accueil et de consommation pour les usagers de drogues ouvrira cet automne un espace destiné à l'inhalation. L'association Première ligne, qui gère ce lieu dans le cadre de sa mission de réduction des risques, a présenté hier le projet aux habitants du quartier lors d'une séance publique. Les travaux débuteront mi-septembre et dureront un mois. Dans l'intervalle, des containers provisoires éviteront aux toxicomanes de trouver porte close. S'administrer héroïne, cocaïne ou même benzodiazépines en brûlant le produit sur une feuille d'aluminium puis en inhalant la fumée n'est pas un phénomène nouveau, ni en forte augmentation. «A Genève, ce mode de consommation s'est répandu depuis la moitié des années 1990, explique Christophe Mani, directeur de Première ligne. Un tel espace correspond à une demande, nous l'avons constaté en accueillant à Quai 9 ce type de consommateurs pour d'autres prestations, comme des soins ou une orientation.»

Expériences alémaniques

Si les adeptes de l'inhalation évitent certains désagréments liés à l'injection par voie intraveineuse – pas d'abcès, surdoses peu fréquentes, etc. –, cette alternative n'en présente pas moins des risques: principalement, la transmission de l'hépatite C en partageant le matériel. Un danger également valable en cas de sniff. Quant à la dépendance, elle est tout aussi forte. L'aménagement d'une salle ventilée, dotée de trois places, offrira à cette population un lieu sûr, adapté et permettant des contacts réguliers avec les professionnels de Quai 9. 

En Suisse alémanique – Zurich, Berne, Bâle et Bienne –, des salles d'inhalation existent depuis plusieurs années. A Genève, le projet a tardé à se concrétiser. Il faisait partie des recommandations émises en 2003 par le Conseil d'Etat à la suite de l'évaluation des trois premières années de l'expérience du local d'accueil et d'injection. Puis l'austérité budgétaire et une volonté politique faiblissante en matière de drogues sont passées par là. D'autres développements envisagés à l'époque, comme l'ouverture d'une seconde structure sur la rive gauche ou l'extension des horaires d'ouverture, ont d'ailleurs été abandonnés.

Du provisoire qui dure

Concrètement, Quai 9 gagnera 80 m2 avec l'ajout d'un bâtiment modulaire à deux niveaux, dont un dédié à l'administration, actuellement à l'étroit, et de la place pour le stockage du matériel. D'un coût de 470 000 francs, les travaux sont financés pour plus de la moitié par la Loterie et la fondation Wilsdorf. Signe des temps, le reste fait l'objet d'un prêt bancaire... garanti par l'Etat. 

Installé depuis huit ans dans le bas du quartier des Grottes, le local y demeurera «au moins jusqu'en 2013, selon les garanties reçues de la Ville de Genève», propriétaire du terrain, précise Christophe Mani. Avec le temps, les relations de voisinage se sont apaisées, entre autres grâce à la mise sur pied du ramassage des seringues et à un dialogue continu avec les habitants. Il n'y aurait donc rien à craindre de cet agrandissement: «D'une part, il n'y aura pas d'afflux parce que nous

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