---



Swaps 40-41, 4ème trimestre 2005

Quid de la France ?

"La France, avec l'Italie, reste le pays le plus réactionnaire en Europe dans son refus idéologique de toute expérimentation de lieux d'accueil pour usagers de drogues." C'est en ces termes que l'association Act Up-Paris juge l'absence de salles d'injection dans l'hexagone, alors que le Luxembourg a annoncé cet été l'ouverture d'un tel lieu d'accueil pour usagers. Comme le souligne l'association dans un communiqué publié le 14 septembre, sept pays européens proposent aujourd'hui des salles de consommation de drogue : l'Allemagne, l'Espagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Norvège, la Suisse et le Luxembourg. La France est donc pratiquement encerclée par des pays ayant adopté ces structures. L'association conclut son communiqué par un appel : "Dans les sept pays européens sus cités, ainsi qu'au Canada et en Australie, les études et réflexions menées ont abouti à la création d'espaces de ce type. Combien de temps la France pourra-t-elle éviter de se poser sérieusement la question ?"

Mais la mobilisation associative n'est pas réservée aux partisans de l'ouverture de telles structures. Un groupe issu du Collectif anti-crack vient de se constituer autour de François Nicolas pour s'opposer à la création de "droguatoriums". Dénonçant "un plan de longue haleine" orchestré par la mairie de Paris avec la Mildt et Ego, le collectif "Stalingrad contre les salles de shoot" s'insurge contre ce "développement prévisible de la désastreuse politique de "réduction des risques" menée depuis 1995".

Une vaste étude menée par Bernard Bertrand de l'association Ludic, à Mulhouse, vient justement d'enrichir la réflexion sur l'ouverture de tels espaces. Elle présente un état des lieux de 87 structures de ce type en service autour du monde. Titrée On peut franchir le pas, faire un essai, l'étude est accessible sur le site www.salledeconsommation.fr.

Parmi ses mérites, celui de se pencher sur la jungle des appellations utilisées en la matière - signe du caractère expérimental de l'entreprise. Car du large mais élusif "salle de consommation" au "droguatorium" cité plus haut, avec ses résonances nauséabondes, il y a un monde, où la concision québécoise (pîquerie) croise la précision anatomique catalane (espacio de venopuncion asistida), mais aussi l'utopie italienne (narcosala naturale) ou la rigueur allemande (fixpunkt)... sans compter une demi-douzaine de déclinaisons anglo-saxonnes.

La plus précise - mais non la moins longue - restant celle proposée par l'auteur de l'étude : "structures d'accueil avec possibilité de consommer à moindre risque des drogues".


Source