---



par Bernard BERTRAND et Hervé RICHAUD (AIDES), 16 juillet 2002

Visite du Dispositivo Asistencial de VEnopuncion (D.A.VE) à Madrid (Espagne)

Dispositivo Asistencial De VEnopuncion (D.A.VE) à Madrid

Le rendez-vous est fixé en banlieue de Madrid où une camionnette municipale vient nous prendre. Après une bonne dizaine de minutes de route, nous arrivons à la périphérie de Vallecas, banlieue sud de Madrid.


Devant nous, un chemin de terre raviné, poussiéreux et aride, long de plusieurs centaines de mètre, entouré de collines arides et rocailleuses posait le décor.

Un décor que l'on a du mal à imaginer. Nous sommes dans un bidonville où survivent plus de 2 500 personnes, en majorité des gitans. Des masures faites de tôles, de briques, et de bois abritent des enfants qui jouent, des consommateurs de drogues, certains fument ou s'injectent dans les voitures, mais d'autres le font à même le sol. Les dealers sont là aussi, aux abord du chemin. (En fin d'après-midi, cette population doublerait avec la venue des dealers et des consommateurs de drogues de la région Madrilène).

Arrivés enfin au bout du chemin, à l'écart des lieux de passage, on découvre des préfabriqués installés dans une ancienne ferme : le D.A.VE., Dispositivo Asistencial de VEnopuncion. (Dispositif d'assistance à l'injection).

Ce dispositif a été inauguré le 23 mai 2000. C'est la première expérience de salle d'injection à moindre risque du sud de l'Europe.

Dans l'entrée de la structure, des consommateurs de drogues attendent au programme d'échange de seringues. Derrière, une infirmerie, un bureau et une salle de réanimation et 10 cabines d'injection avec, derrière un rideau, 1 table avec seringues, tampons alcoolisés, cuillère stérile et garrot. Un rideau un peu court sur la largeur pour que l'infirmière puisse surveiller et intervenir si besoin est.


Le D.A.VE. est subventionné à hauteur de 600 000 Euros par an par la municipalité de Madrid et à hauteur de 50 % par le plan national de lutte contre la drogue.

Le D.A.VE. propose une assistance sanitaire, sociale et juridique aux consommateurs de drogues :

  • Surveillance de l'acte d'injection (pas de testing des produits consommés ; les intervenants ne font pas les injections mais en cas de mauvais capital veineux, ils peuvent aider les consommateurs à trouver une veine ; éducation sur la technique d'une injection propre).
  • Une évaluation est faite pour chaque personne : produit consommé, lieu de consommation, avant pendant et après l'injection.
  • Aide sanitaire (médical et infirmier) 24 heures sur 24,
  • Des ateliers sont mis en place traitant différents thèmes : sexualité, injection, V.I.H., V.H.B., V.H.C., etc.
  • Orientation vers les services spécialisés : Méthadone, post-cure, travail, étranger, psychiatrie, etc.

Le personnel est composé de 31 personnes répartie en 5 équipes de 5 : 1 médecin, 2 infirmières, 1 éducateur, 1 travailleur social et sur certaines tranches horaires, renforcés par 2 techniciens auxiliaires, 1 juriste, 1 femme de ménage et des surveillants. Ils se relaient 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Bilan quantitatif :

  • 100 injections / jour.
  • 400 personnes différentes / mois
  • 95 000 à 105 000 seringues données / mois (90 % de retour)

Depuis l'ouverture :

  • File active de la structure : 5 050 personnes
  • 80 % sont des hommes et 20 % des femmes
  • File active de la salle d'injection à moindre risque : 1 800 personnes
  • 465 interventions sur overdose (dont 3 overdoses mortelles)
  • Age moyen : 30 ans
  • Consommation : 65 % cocktail héroïne-cocaïne ; 30 % cocaïne ; 5 % héroïne ; pas de médicament.
Direct link to this page